Fille du Comte de Felbourg Hubert Delorme et de la Salvemeroise Lucrèce Visconti, soeur de Morta Delorme et épouse d'Alfiero Firenze, Decima Delorme est médecin diplômée du Campus médical de Gué-du-Roi et spécialiste chirurgienne des blessures aux articulations. Dans la cité d'Yr, elle représente avec son époux la fédération Ébènoise de Calcio, sous la commandite de la ligue de Calcio Salvemeroise.
-Fel-
La petite Morta Delorme, sept ans, regardait sa grande soeur Decima, dix ans, grimper dans un arbre qui bordait la route menant à Fel. Elles venaient souvent jouer dans ce coin de verdure. Decima se retourna pour jeter un coup d'oeil au sol et prit un air satisfait.
"- Pousses-toi Morta! Sinon je vais te faire mal!"
"- Qu'est-ce que tu vas faire?!!"
"- Je vais sauter!"
"- Mais POURQUOI?!!!"
Le silence. Decima hésitait à répondre.
"- Je veux savoir ça fait quoi une JAMBE CASSÉE."
"- NOOOOOON!"
"- OOOOOOOUUUI, POUSSES-TOI, SINON JE VAIS TE TOMBER DESSUS!!!"
Morta, voulant protéger sa sœur de ses propres ambitions, ne bougea pas d'un centimètre. Elle mit ses main sur sa tête, pas vraiment certaine que ça allait la protéger, mais ça valait le coup d'essayer.
"- MORTA POUSSES-TOI!!!" hurlait la voix du haut de l’arbre.
Morta entendit un grand fracas de branches cassées. En essayant d'éviter sa soeur au sol, Decima avait un peu trop orienté sa chute dans le sapin juste à côté. Les branches avaient amplement amortie sa chute sans la rendre agréable pour autant. Il n'y aurait pas de jambe cassée aujourd'hui.
"- DECIMAAAA?!!!" s'écria Morta en se précipitant sous le sapin.
Sa sœur était couchée sur le sol, le teint très pâle et les yeux grands ouverts.
"- J'ai mal." Dit-elle d'une petite voix.
Elle releva un de ses bras. Une branche dénudée d'aiguille s'était enfoncée sous sa peau. Les deux sœurs poussèrent un cri commun. Morta se releva en s'écriant "- JE VAIS CHERCHER LE DOCTEUR!!!" Avant de prendre ses jambes à son coup.
Decima, sur le sol, couverte de branches et d'aiguilles, souriait.
"- Il faudra bien qu'il me montre comment on recoud les gens..."
***
-Salvar-
La foule rugissait en réponse à l'intrépide remonté du joueur de centre Azzure vers le but adverse des Rossi. Decima Delorme, diplômée depuis peu de l'école de médecine de Gué-du-Roi, regardait l'ensemble de la scène avec fascination. Elle n'avait jamais vu autant de décorum pour un match de Pugilat. Des centaines de drapeaux de facture luxueuse flottaient autour du terrain, entouré de solides estrades de bois à trente rangées. L'endroit était rempli de gens richement vêtu aux couleurs de leur équipe. Il y avait environ deux mille spectateurs en comptant la foule hors estrades.
"- Ça c'est Matteo Sforza. Lui et sa soeur jumelle sont les vedettes des Azzure, voir même de Salvar au complet."
Carmina Torres était recruteuse pour le ligue de Calcio Salvameroise. Cette dame d'envergure, que Decima ne connaissait même pas la veille, l'avait invité à voir son premier match de Calcio.
"- Les spectateurs dans les estrades, il se font faire des vêtements pour assister au match?" demanda Decima à son hôte.
"- Oui. Certains sont commanditaires et veulent le faire savoir ouvertement. Et puis c'est très bien vu ici. Le Calcio est presque une religion."
Decima prit un air surpris devant cette affirmation. Dame Torres le remarqua et enchaîna les explications rapidement:
"- C'est notre manière d'honorer le Monarque et la grande paix qu'il a instauré. Ici la seule cause de combat est l'honneur et les joueurs sont respectueux les uns envers les autres. Leur participation aux matchs de Calcio est source d'énormément de fierté pour leurs familles."
Jamais Decima n'avait entendu parler ainsi d'un sport de combat, mis à part les duels du Tournoi de Théonia. Et la foule en transe semblait confirmer les dires de la recruteuse Torres.
"- Le Capitaine qui chapeaute votre groupe d'infirmerie m'a vanté vos talents de chirurgienne. Il m'a dit que la mince cicatrice qu'il avait gardé de son combat était selon lui "une véritable oeuvre d'art"." remarqua dame Torres.
"- Ce n'était pas une blessure profonde. Le Capitaine exagère un peu je le crains." répondit Decima.
"- Nous allons avoir besoin de gens comme vous dans la ligue prochainement."
"- Je pensais que les règles du Jeu de Calcio limitait la gravité des blessures?"
"- La ligue prendra bientôt de l'expansion. Nous voulons fonder la Fédération de Calcio d'Ébène avec des représentants à Yr. Des négociations sont déjà en cours pour inclure les équipes de Pugilat de Fel, ainsi que d'autres équipes d’Avhor. Vous êtes felbourgeoise et membre de la très respectée famille Delorme. Cependant, ce sont vos talents médicaux qui nous intéressent le plus. Nous voulons absolument éviter une mauvaise publicité si certaines nouvelles équipes n'avaient pas une éthique suffisante pour éviter de commettre des fractures ouvertes à répétition au fil des matchs. Bien sûr, nous formerons nos arbitres en conséquence, mais nous voulons aussi que les joueurs sentent que nous nous occupons bien d'eux quand il arrive un pépin. Nous ne voudrions pas qu’ils se sentent sacrifié sur l’autel des ambitions de la Fédération. Il faut être en mesure de leur offrir les meilleurs soins."
L'estrade Azzure se souleva d'un coup en un délire d'acclamation. Gulia Sforza venait de marquer un but. Decima hocha distraitement la tête, déjà absorbée par ce nouveau sport.
***
-Fel-
Sur le terrain de Calcio de la Haute-Ville, l'équipe invitée de Salvar venait tout juste de finir son entraînement d'avant le match de la soirée. C'était l'été et le soleil allait se coucher fort tard. Les Calcienti se rassemblèrent à la sortie de terrain. Ils avaient l'air un peu tendus. Les matchs entre Fel et Salvar n'était jamais simples et une réelle hargne découlant d'une divergence idéologique sportive, rendait un sport déjà violent encore pire qu'à l'habitude.
Le capitaine de l'équipe s'adressait à l'ensemble de ses joueurs sous l'oeil de quelques badauds venu observer l'entraînement.
"- Je ne veux pas un seul imbécile ici qui réagisse quand ils vous traiteront de FRELUCHET SNOBINARD, ou de CEUILLEUR DE PAQUERETTES. Ces SPORCACCIONNE mal dégrossis sont des animaux, et vous ne vous abaisserez pas à leurs tactiques de bâtards du nord.
Le sconciatori Alfiero Firenze écoutait très distraitement son entraîneur. Il avait les yeux sur une jolie paysanne blonde assise dans l'estrade. Elle le fixait sans gêne en retour. Après que le capitaine eu fini de discourir sous les quolibets des passant qui commençaient à lui porter trop d'attention, Alfiero libéré marcha candidement vers la demoiselle derrière sa barrière de bois.
"- Tu regardes souvent les gens comme ça?"
"- Vous me plaisez messire."
Peu habitué à un parler aussi direct en Salvar (un rire ou un rougissement de la dame aurait amplement suffit) le gentilhomme salvamerois pardonna tout de même à la jeune felbourgeoise son manque de manière car, pensa-t-il, elle était visiblement mal entourée car Felbourgeoise. Ensuite, elle n’était de par sa vêture qu’une modeste paysanne nordique et finalement, de près, il la trouvait tout à fait charmante. Il se décida à prendre l'approche directe locale pour lui répondre.
"- et tu m'en donnera la preuve?"
C'était bien téméraire pour un bon célésien comme lui et la demoiselle n'eut pas le temps de s'indigner car de loin se fit entendre moult fracas après qu'un des badaud visiblement courroucé en soit venu aux poings avec le capitaine. Les Felbourgeois n'avait pas besoin de parler le vieux salvamerois pour comprendre de "sporcaccionne" n'était pas un compliment. Le centre de terrain Firenze vola au secours de son capitaine.
De loin, la paysanne souriait.
***
-L’infirmerie –
Alfiero Firenze se réveilla sur une grande table de bois. Il ne savait pas où il était, ou même quel était son nom en ce moment précis. Son cerveau lui intimait qu'il avait démesurément trop bu, mais l'absence de sensation dans le bas de son corps lui suggérait que quelque chose clochait de façon alarmante.
Une voix prononça son nom.
C'était la voix de son capitaine.
"- Tu es réveillé? Tu m'entends? Alfiero?"
Le sconciatori se mis à tousser toute la salive et les fluides qui s'était accumulé dans sa gorge et ses poumons depuis qu'il était tombé inconscient, il y a près d'une heure. Il essaya de se redresser sans succès. Le capitaine tenta de le calmer.
"- Tu as été gravement blessé, Firenze. La partie a été épouvantable et tu as reçu un très vilain coup dans le genou. Ton articulation a été.... très déplacée."
À cette nouvelle, le gentilhomme retrouva assez d'adrénaline pour se redresser partiellement et constater que son genou gauche était couvert de bandelettes de la mi-cuisse à la mi-mollet. Il ouvrit la bouche, rempli d'horreur. Le capitaine se mit à parler rapidement.
"- Ils t'ont explosé le genou, ces salauds. C'était ouvert et tu perdais beaucoup de sang. Je pensais qu'ils allaient devoir t'amputer en bas de la cuisse, mais il y a une chirurgienne ici, elle t'a tout recousu! C'était presque de la magie de la voir faire! Elle dit que tu vas remarcher, mais que ça prendra au moins six semaines avant de pouvoir mettre du poids sur ta jambe. Tu es sauvé Alfiero, elle t'a sauvé la jambe!
Une silhouette s'approcha de l'embrasure de la porte. Alfiero Firenze reconnu la blonde paysanne nordique. En un éclair il se rappela ses derniers mots envers elle. Il sentit un frisson lui parcourir l'échine pendant qu'elle s'approchait en souriant.
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