Aujourd'hui, bien qu'il ne puisse plus y jouer suite à une vilaine blessure, Alfiero représente les intérêts de Salvamerois qui voudraient unifier les règles du sport nommé calcio à travers tout Ébène. Ultimement, le but visé serait de réunir des équipes de toutes les provenances dans des matchs réguliers sous la bannière d'une seule et unique Fédération. Cependant, si le sport est sa passion, le Céleste et la Foi sont la vocation d'Alfiero. Malgré ses allures parfois extravagantes, discourir et débattre des Témoignages et de leur interprétation est une activité qu'il chérie et il se fait un point d'honneur de veiller à ce que même un simple sport fasse rejaillir la lumière du Céleste sur les Ébénois et les Ébénoises.
- Castel-Noir -
La jeune adolescente balafrée tapait du pied devant un garçon à peine plus vieux qu'elle.
-Dépose ton livre, Alfiero! Il y a des gens de chair et d'os qui ont besoin de toi.
-Ce "livre", Maria, s'appelle le Recueil des Témoins. Je te prierais de bien vouloir le resp...
-Bien sûr que je respecte le Recueil! Seulement, tu pourras le lire ce soir, APRÈS la partie.
-Ce que vous pouvez être lourds avec votre petit jeu.
-Tu es l'un des meilleurs...
-Ce n'est qu'un jeu.
-Argh! Tu es LE meilleur et cette fois c'est du sérieux! C'est pour l'honneur, Alfiero!
-Allons donc...
-Lucas Spezzi et ses cousins ont surpris Marco avec la soeur de Lucas.
Alfiero se leva d'un bond. Son meilleur ami aurait-il osé, hors du mariage!?
-Marco a tout nié! Même la soeur de Spezzi a nié, mais ils n'ont rien voulu entendre et ils accusent Marco de mentir.
-Alors qu'il provoque Lucas en duel, lança Alfiero, soulagé.
Maria le fixa, un sourcil levé.
-Marco? Contre Lucas Spezzi? Tu veux que ton ami aille rejoindre le Céleste si vite?
-Je n'ai pas parlé d'un duel à mort. Mais bon, qu'il laisse faire tout ça. D'ici quelques semaines, plus personne n'en parlera.
La jeune femme poussa un grognement de désapprobation et se dirigea vers la sortie. Juste avant de refermer la porte, elle laissa échapper "Il a proposé de laver son honneur dans une partie de calcio". Alfiero était piégé. Il rangea soigneusement son Recueil et se dirigea vers la place du marché, vide aujourd'hui, où aurait lieu le match. Défendre l'honneur d'un homme dans un jeu où plus de cinquante personnes se tapaient sur la gueule pour gagner un ballon, c'était une idée ridicule. Quoique, plus il y pensait...
L'honneur de Marco fut lavé 8 à 5 alors que Spezzi et ses deux cousins perdirent un total de quatre dents.
- Salvar -
Depuis vingt ans, la famille Firenze s'enrichissait grâce à la vente de plumes et autres accessoires servant à agrémenter les costumes des nobles du royaume. Leurs principaux clients se trouvaient en Salvamer et Avhor, mais les Laurois et les habitants de la cité d'Yr n'étaient pas en reste. Depuis plusieurs mois, un conflit commercial avait éclaté entre les Firenze et leur principal exportateur, membre influent de la Ligue des Mérillons. Toutes les négociations avaient mené à des impasses et quelques rixes mineures avaient même éclatées entre les deux partis, qui furent convoqués à Salvar pour régler le litige face à plusieurs membres du Symposium des Justes.
-Qu'est-ce qu'on fout ici, Alfiero?
-Tu le sais, Marco. Mon père veut que nous réglions le conflit avec Giuseppe, dit-il en souriant face à la nervosité de son ami.
-Tu sais que je respecte ta famille. La mienne et plusieurs autres sont prospèrent grâce à vous depuis la fin de la guerre, mais...
-Mais tu crois que nous n'avons aucune chance?
-Et toi?
-Aucune et moins encore, dit-il en riant légèrement. Ils peuvent imposer de lourdes taxes et nous pouvons leur faire mal militairement. Personne ne gagnera, mais nous perdrons plus qu'eux, assurément.
-Explique-moi ce qu'il y a de si drôle, alors.
-Spezzi, répondit Alfiero.
-Quoi, Spezzi? Lucas Spezzi? Ici?
-Nah... Lucas est toujours à Yr pour ce que j'en sais.
-Mais alors, quoi, Spezzi?! s'impatienta l'autre jeune homme.
Alfiero tendit un porte-document à Marco en souriant. Ce dernier consulta les pages, les yeux ronds.
-Ton père, ton oncle et tes tantes ont rejeté l'idée du revers de la main. Tu ne comptes tout de même pas la proposer devant tous ces nobles sans leur consentement?!
-Je n'ai pas réfléchi et couché tout cela sur le papier pour rien, Marco. Bien sûr que c'est mon plan de proposer cette idée. Ça a fonctionné pour toi il y a quelques années, non?
- Castel-Noir -
La modeste église dans laquelle se trouvait Alfiero était presque déserte à cette heure tardive de l'après-midi. Lorsque la porte s'ouvrit, un homme d'âge mûr entra et se dirigea vers lui.
-Alfiero, dit-il chaleureusement.
Ce dernier se retourna et son visage s'illumina.
-Giuseppe! Comme ça fait longtemps!
Les deux hommes s'étreignirent, puis Alfiero éloigna Giuseppe, le regardant d'un oeil faussement suspicieux, limite moqueur.
-Vous êtes allé chez nous, pour savoir que j'étais ici. Pourquoi ne pas m'avoir attendu là-bas? Ne me dites pas que vous venez dans la demeure du Céleste pour parler affaires?
-Tu me connais trop bien, Alfiero! Nous avons besoin de toi, ton père et moi.
-Ah, Père! Comment va-t-il? S'adapte-t-il bien à l'air de Salvar?
-Certes! Il a rajeunit de dix ans! Ta mère s'ennuie un peu de la région, cependant. Mais elle va bien aussi.
-Voilà de bonnes nouvelles! Alors, que puis-je pour vous?
-Nous avons besoin d'un représentant dans la cité d'Yr.
Alfiero s'étouffa presque.
-Je vous demande pardon? Mais pourquoi?
-La Ligue, Alfiero.
-Qu'est-ce qu'un jeune homme de Foi peut-il avoir dont les Mérillons auraient besoin?
-Pas cette ligue-là. Celle-ci, répondit-il en lui tendant des parchemins qu'il avait sortis d'un pli de sa tunique.
Alfiero s'approcha d'un écritoire et consulta la documents à la lumière d'une fenêtre.
-C'est une blague? Après tant d'années, Père veut rire à mes dépends avant d'enfin me pardonner le match?
-Haha, bien sûr que non, Alfiero. Ton père t'as pardonné cette proposition surprenante il y a longtemps. En grande partie parce que vous avez gagné et qu'en bout de ligne notre partenariat n'en a été que renforci, mais je jure sur le Recueil que ceci est des plus sérieux.
-Ce n'est qu'un jeu, répondit le jeune homme presque désespéré. Qu'est-ce que c'est que cette idée de former une ligue?
-Un jeu qui gagne rapidement en popularité! Ici en Salvamer, à Avhor, Cassolmer, quoi qu'eux... en Laure, aussi. Même les pugilistes de Fel s'y intéressent. C'est le moment d'en faire ce que nous voulons.
-Des ducats, soupira Alfiero.
-Entre autres, mais nous avons basé la Ligue sur la charte que tu nous as remise il y a six ans. Honneur et Spiritualité. Voilà ce qui risque de se perdre en premier si tu n'es pas là et si tu passes par-dessus l'occasion d'être partenaire.
-Partenaire, hein?
-Certes, mon jeune ami! Partenaire! Oh... et capitaine, aussi. Nous avons un match prévu contre Fel dans quelques semaines.
Alfiero leva les yeux au ciel. Pourquoi le Céleste ne le laissait-il pas simplement lire le Recueil et discuter philosophie avec les érudits?