Si la place de l’aîné est particulièrement importante au sein d’une fratrie sarrenoise, de par son droit d’aînesse qui résulte de son rang et des avantages auxquels il bénéficie avant la venue de frères ou sœurs puinés, l’espoir que les parents portent sur lui et la responsabilité envers ses cadets érodent certains de ses privilèges. Lorsque naquit la première fille de la famille Azraki, cette dernière n’eut pas le temps d’assister à l’éclosion d’un seul bourgeon qu’elle fut aussitôt éclipsée par l’arrivée hâtive de sa benjamine, Milena.
Ainsi, Ludmila évolua dans l’ombre de ses frères et, dès son plus jeune âge, fut asservie du faix qui venait avec le rôle d’aînée à l’égard de Milena. Bien qu’elle fût libérée de son boulet à l’âge de six ans, tandis que ce même boulet était promis à de plus grands projets qu’elle, Ludmila éprouvait un sentiment d’injustice qui perdura dans le temps. Ce fut donc pleine de défiance qu’elle se décida à s’emparer de la place qu’elle estime lui être dévolue.
Bien qu’elle n’ait pas hérité du sens des obligations d’Abraham Azraki, le chef du Clan Sannor et le patriarche de la famille Azraki, elle tient de lui sa pugnacité et sa faculté à déceler les bonnes affaires. Même si elle n’est pas la plus intelligente de la portée, son flair infaillible pour les coups roussis et son intuition exacerbée par ses propres expériences lui permettent de déjouer n’importe quel piège et à se dégager adroitement d’une situation délicate. Rusée comme un goupil exécrable, forte de son acuité à observer et à voir le potentiel là où la risibilité fait écho, elle a appris à exploiter les opportunités plutôt que de les créer. Malgré qu'elle se sente profondément lésée par l’impression d’avoir été privée des avantages qu’elle prenait pour acquis, elle a toujours trouvé le moyen d’obtenir des bénéfices dans le travail des autres et chevauche sans vergogne dans leur foulée.
Engorgée de la fierté de ses aïeux, elle se montre outrecuidante à souhait face à tous les farauds qui ont le malheur de croiser son chemin.